3 questions au directeur régional d'IGN France International

Version imprimableEnvoyer à un ami

LES PROJETS DE TRANSFERT DE TECHNOLOGIE, DES PROJETS 100% SUR-MESURE

Eric BROUSSOULOUX est, au sein d'IGN France International, le directeur régional en charge notamment du Burkina Faso. Il revient sur la spécificité du projet actuellement en cours dans ce pays et d'une manière plus générale, sur l'ensemble des paramètres à prendre en compte dans les projets reposant sur les transferts de technologie. 

1/ Le projet de remise à jour de la cartographie du Burkina Faso vient de commencer. Quelles sont les étapes principales d'un projet de cette nature ?

Une des exigences du cahier des charges du projet de mise à jour de la cartographie nationale du Burkina Faso est que la production soit réalisée entièrement sur place. Dans cette optique, le projet comprendra 4 phases. 

Une première phase d'acquisition de données (images satellites) et d'assistance au lancement d'appel d'offres visant à acquérir les équipements nécessaires à ce projet ; une phase de mise en place méthodologique, d'identification de compétences, de mobilisation des équipes, et de formation théorique ; une troisième phase de production et d'assistance technique et enfin, une dernière phase visant à mettre en valeur auprès des futurs utilisateurs le travail entrepris et la valeur ajoutée d'un tel projet.

2/ Quelles sont les difficultés à prendre en considération lorsque l'on remet à jour une cartographie vieille de plus de 40 ans ?

La mise à jour d'une carte vieille de plus de 40 ans pose bien entendu des difficultés qui sont principalement de trois ordres. 

La première difficulté tient évidemment aux évolutions technologiques qui sont survenues pendant la période. Dans les années 60, la géométrie des anciennes cartes était calée sur des observations astronomiques. C'était à l'époque la meilleure technologie. Mais la précision d'un tel procédé n'a plus rien à voir avec les mesures obtenues avec les GPS actuels. On constate donc des erreurs planimétriques qui varient entre quelques dizaines et plusieurs centaines de mètres qui doivent être complétement corrigées. Pour ce faire, les ingénieurs burkinabés et français vont utiliser une couverture d'images satellites dont la géométrie sera redressée grâce à des mesures par GPS sur le terrain et à des points visibles sur les images.

Une seconde difficulté tient à l'importance des évolutions du terrain. En 40 ou 50 ans, de nouveaux barrages, de nouvelles routes sont apparus. Des tracés de pistes ont pu être modifiés, notamment au gré des saisons des pluies. La pression démographique a conduit à l'extension urbaine, souvent au détriment des terres agricoles qui ont, elles, gagné sur le couvert forestier. Sans compter évidemment les phénomènes liés aux changements climatiques, qui ont pu modifier les zones d'agriculture, d'élevage ou de forêt.

Tous ces changements doivent être identifiés sur l'ensemble du pays et doivent être matérialisés sur la carte mise à jour. 

Enfin, toute la toponymie, notamment les noms des villages, doit être vérifiée, complétée et également mise à jour. Certains noms dans les années 50/ 60 avaient été francisés par des agents ne maîtrisant pas les langues locales ou retranscrits phonétiquement. Reprendre la toponymie de tout un pays est une tâche très ambitieuse à laquelle les équipes franco-burkinabé travaillant sur le projet se sont préparées. Il y aura d'ailleurs deux sessions de validation des toponymes des cartes par la Commission de Toponymie mise en place au Burkina Faso, une première validation en 2012; la seconde en 2013.

En plus de toutes ces difficultés liées à l'âge de la carte, le processus de mise à jour a lui aussi fortement évolué, donnant lieu à des gains de productivité très appréciables :

  • IGN Espace, par sa connaissance et sa maîtrise des différents types de données satellitaires et de leurs traitements, sélectionne et traite les images les plus appropriées
  • En termes d'outils de saisie photogrammétrique, l'IGN, avec sa plateforme GEOVIEW, a développé un outil ergonomique et spécialement dédié à ces types de travaux, parfaitement adaptés à la nécessité d'un transfert de technologie
  • Enfin, les outils de cartographie (symbolisation, généralisation, habillage) ont considérablement progressé, en partie grâce aux travaux de recherche effectués par l'IGN, permettant des productions de cartes en des temps records 

3/ Chaque contexte local étant différent, quel retour d'expérience pouvez-vous faire et quels enseignements pouvez-vous tirer de projets menés ailleurs ?

Un projet similaire mené dans un pays différent n'est jamais identique. C'est pour cette raison que les projets ne sont jamais reproductibles d'un pays à l'autre. Mais concrètement, qu'est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire qu'il convient de prendre en compte la spécificité de chaque pays : sa culture locale, sa géographie spécifique et son climat qui impacte fortement la manière dont on va travailler sur le terrain, l'expérience des équipes, les structures en place, les équipements dont le pays dispose, les contraintes administratives propres au pays et auxquelles il faut faire face, etc...

Dans ce contexte, la confiance et l'entente entre les membres d'une équipe projet sont cruciales car l'atteinte de l'objectif dépend autant des techniciens et ingénieurs locaux que des équipes du consultant.

La notion de "confiance" justement, qu'est-ce que cela veut dire précisément ? Cela veut dire deux choses : d'une part, le bénéficiaire et son personnel doivent s'impliquer très fortement pour s'approprier les outils mis à leur disposition et les nouvelles méthodes de travail ; d'autre part, le consultant doit être prêt à transmettre sa technologie et à partager son expérience et ses savoir-faire...

Transmettre son savoir-faire ne s'improvise pas. Cela requiert "un bon dosage." Sous-estimée, l'assistance technique conduit à un échec technique certain car les équipes locales ne sont pas en mesure de s'approprier les nouveaux outils et méthodes. Surestimée, elle infantilise les équipes locales et n'autorise pas l'autonomie minimale qui, à terme, permet de refaire seul ce qui a été appris et de le transmettre à son tour. 

C'est précisément l'expérience acquise au gré des projets menés par IGN France International et la qualité des relations établies sur le long terme avec nos clients, qui permettent de maîtriser le bon dosage et de réajuster les choses en cours de projet lorsque cela est nécessaire. 

Pour nous, c'est cette relation 100% sur-mesure qui constitue la clé d'un transfert de technologie réussi.

Après 10 années passées dans les services techniques de l'IGN, Eric BROUSSOULOUX a intégré en 1996 le département marketing de l'IGN où il a mené des études de marché et effectué le suivi marketing de certains produits IGN (BD TOPO®, GEOROUTE®…). Après avoir exercé les fonctions de chef de marché pendant près de 4 ans, il a intégré IGN France International fin 1999 où il occupe aujourd'hui un poste de Directeur Régional en charge de l'Indonésie, l'Arabie Saoudite, le Qatar, l'Egypte, le Mali, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire.

Contact : ebroussouloux[at]ignfi.fr

 

Lire aussi en complément l'interview du directeur général de l'IGB