Article sur le projet de cartographie du Burkina Faso

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Le magazine GeoConnexion dans son numéro d'octobre 2015 publie un article sur le projet de cartographie nationale du Burkina Faso intitulé : "Nouvelles cartes pour un nouveau millenium". Après 4 années de projet, le Burkina Faso dispose désormais d’une base de données et d’une cartographie nationale à jour à l’échelle 1/200 000. 

« Pour les équipes de l’Institut Géographique du Burkina (IGB), comme pour les équipes d’IGN France International, la remise des cartes à l’échelle 1/200 000 a constitué un véritable événement. Cela représentait aux yeux de toute la communauté économique du pays, le fruit de 4 années de travail conjoint et de difficultés surmontées ensemble. C’était une grande fierté partagée » se souvient Oumar Sanon, chef de projet PC200 Burkina.

C’est en février 2011 que tout commence avec l’attribution à IGN France International, la filiale pour l’export d’IGN France (l’Institut de l’information géographique et forestière) de l’appel d’offre visant à apporter une assistance technique pour la mise à jour la cartographie de base du Burkina Faso à l’échelle 1/200 000. D’un montant de 2 400 000 euro, le projet a été financé par l’Union européenne à travers le 10e FED. 

« Cette carte à l’échelle 1/200 000 n’avait pas été mise à jour depuis les années 60, date de sa création par l’IGN. C’est ce décalage entre la cartographie nationale et les réalités de l’évolution du pays qui a justifié l’appel d’offre de l’Union européenne au Burkina Faso. Ce même constat a aussi permis au Sénégal, au Mali et au Bénin de moderniser leur cartographie et de monter en compétences les ressources locales, précise Patrick Stimpson, directeur régional en charge de l’Afrique de l’ouest. En 50 ans évidemment, des changements profonds sont intervenus : les villes se sont développées, des villages ont disparu, se sont déplacés ou ont été créés, de nouvelles routes sont apparues, des cours d’eau, des lits de rivières, des pistes ont pu se trouver modifiées en raison par exemple des saisons des pluies ou de travaux. Des zones d’agriculture ou d’élevage ont également pu connaître des modifications très significatives ». 

Le projet PC200 Burkina a été réalisé par des équipes mixtes IGB et assistance technique IGN France International pour toutes les étapes clé du projet : la coordination globale, la gestion des équipements informatiques, l’imagerie, la base de données et enfin la cartographie. « C’est une méthodologie de travail essentielle pour faciliter la transmission des informations et permettre une appropriation maximale par les techniciens et les cadres de l’Institut » souligne Laurent Falala, le chef du projet pour IGN France International.  

 

QUATRE COMPOSANTES PRINCIPALES DU PROJET

Le projet s’est articulé autour de 4 composantes principales. Une première phase déterminante a consisté en l’acquisition des images satellites Rapid Eye à 5 mètres de résolution sur l’ensemble du territoire  et GeoEye à 0,5 mètre sur les 13 principales villes du Burkina Faso. Les images ont été sélectionnées selon des critères techniques, notamment l’absence de nuages. 

La seconde composante a porté sur l’acquisition des équipements informatiques et logiciels nécessaires à la production, la mise en place des processus et des ateliers de production, l’identification des compétences locales, la mobilisation des équipes et la dispense des formations théoriques en lien avec chaque étape. Ainsi trois ateliers ont été créés : atelier image, atelier Base de Données, atelier Cartographie. Deux voyages d’études en France sont venus compléter ce dispositif avec des formations et des visites complémentaires, à l’IGN, à l’ENSG (Ecole Nationale des Sciences Géomatiques), à IGN Espace ou encore chez Airbus Defence and Space. 

La troisième composante, essentielle, était la production par l’IGB, avec l’assistance technique d’IGN France International de l’ensemble des produits du projet à savoir

  • Un Modèle Numérique de Terrain et une orthoimage à 5m sur l’ensemble du pays et une orthoimage Très Haute Résolution sur les 13 principales villes. Après une phase de terrain de stéréoprépration, l’ensemble des traitements a été réalisé sur GeoView, logiciel de l’IGN pour le traitement des images.  
  • Une Base de Données Nationale structurée en 10 thèmes (habitat/ infrastructures ; réseau routier ; réseau ferré ; réseau de distribution d’énergie ; hydrographie ; limites administratives ; occupation du sol ; orographie ; toponymie et les principaux points d’intérêt, réseau géodésique). Les spécifications de la base de données (contenu et critères de sélection) ont été élaborées avec la participation des futurs utilisateurs lors d’ateliers nationaux. La production de la base de données est faite à la fois par saisie, en 2D sur ArcGIS, sur l’orthoimage et par des missions de terrain pour compléter et valider l’ensemble des informations: vérification des infrastructures communales (écoles, police, CSPS…), enquête toponymique, localisation des villages, pointage des équipements (ponts, radiers, …) et vérification de l’occupation du sol. On peut noter que la commission nationale de la toponymie s’est réunie à plusieurs reprises pour arbitrer et valider l’ensemble des toponymes de la base.  
  • Un ensemble de 27 cartes au 1/200 000. La réalisation de la maquette cartographique (choix de la légende, de la mise en page, des photos de couvertures, etc.) a initié cette étape de production et a été suivie par la rédaction cartographique à partir de la base de données. L’ensemble des cartes a été imprimé en France, au sein de l’imprimerie de l’IGN.
  • Des produits dérivés : une carte routière et touristique à l’échelle 1/1 000 000, un atlas routier à l’échelle 1/200 000, des assemblages muraux à l’échelle du 1/300 000.

Enfin, la dernière composante visait à mettre en valeur auprès des futurs utilisateurs, le travail entrepris et la valeur ajoutée d’un tel projet. A cette fin, plusieurs manifestations organisées au niveau national ou régional ont ainsi ponctuées les quatre années de vie du projet et ont permis de montrer les progrès réalisés. « Cette phase de cérémonies nationales, d’ateliers régionaux de sensibilisation était très importante pour maintenir l’attention des principaux bénéficiaires du projet. Par leur présence massive à chacun de ces rendez-vous, les autorités burkinabè voulaient exprimer leur forte adhésion à ce programme » explique le directeur général de l’IGB. C’est ainsi qu’à la cérémonie de lancement en 2011, le Premier Ministre du Burkina Faso et plusieurs membres du gouvernement étaient présents aux côtés des représentants de l’Union Européenne et de l’Ambassade de France. En janvier 2014, une cérémonie officielle avait eu lieu à l’occasion de la remise des treize premières cartes en présence du Président de l’Assemblée Nationale et du Chef de Délégation de l’Union Européenne. Cet  événement  avait rassemblé  une centaine  de  participants  parmi  lesquels  des  représentants  du gouvernement, des forces armées et des secteurs public et privé du pays. 

Enfin en février 2015, la cérémonie de clôture du projet avait été placée sous la présidence de Monsieur le Ministre des Infrastructures  du  Désenclavement  et  des  Transports,  et  le  parrainage  de  son Excellence Monsieur l’Ambassadeur, Chef de Délégation de l’Union européenne.

En février 2015, le projet PC200 Burkina a officiellement pris fin. Les engagements pris 4 ans auparavant ont été tenus. Formé tout au long du projet, le personnel de l’IGB est maintenant capable de produire à la demande des cartes thématiques ou de mettre en place  des systèmes d’information pour des acteurs privés ou publics. Le Burkina Faso jouit d’un ensemble de produits constituant la base d’une infrastructure de données, outil d’aide à la décision incontournable au développement des économies émergentes. Les administrations utilisatrices des données géographiques, qui avaient elles-mêmes contribué à l’enrichissement de la nouvelle carte, ont reçu la base de données. 

« Au-delà de la qualité des produits réalisés, ce projet a constitué une formidable aventure humaine. En quatre ans, évidemment, des liens se sont créés, des complicités sont nées.  Et ça, ça ne figurait pas dans les clauses de l’appel d’offre ! », précise Alain Rivas, l’expert cartographie d’IGN France International. 

 

FOCUS TRAITEMENTS DES IMAGES SATELLITES

Début 2011, quand le projet de mise à jour de la cartographie 1/200 000 a démarré, le choix s’est porté sur les images des satellites RapidEye à 5m de résolution pour constituer la couche image de référence pour la mise à jour de la base nationale de données topographique du Burkina, étape préalable à la réalisation des cartes topographiques. 138 segments RapidEye de longueurs diverses ont donc été livrés au projet en juin 2011, assurant la couverture intégrale du pays sans nuage. Conformément aux spécifications du projet, ces images avaient toutes été acquises entre 2009 et 2011 uniquement en saison sèche afin de minimiser les écarts radiométriques. L’IGB avec l’assistance des experts image d’IGN France International a ainsi pu contrôler cette livraison, détecté des défauts résiduels et demandé la fourniture de quelques images complémentaires afin d’assurer une qualité optimale de la couverture.

A partir de juillet 2011, malgré la saison des pluies peu propice aux travaux de terrain, l’IGB a mené à bien plusieurs missions terrain de prises de points d’appui. Les techniciens de l’IGB, habitués à ce type de travaux dans des conditions difficiles, ont ainsi pu mesurer 79 points d’appui au GPS différentiel en s’appuyant sur le réseau géodésique de 1er ordre du Burkina.

Le logiciel GeoView®, logiciel de traitement d’images satellite, développé par IGN France depuis les années 1990, a ensuite été utilisé pour améliorer la localisation des images RapidEye par spatio-triangulation. Toutes les images ont été traitées d’un bloc et le calcul a été réalisé à l’aide des points d’appui collectés par l’IGB et de milliers de points de liaisons entre images calculés automatiquement.

Les images ont ensuite été orthorectifiées, égalisées radiométriquement, mosaiquées puis dallées. Un jeu a été fait en couleurs naturelles et un autre en infra-rouge couleur. Tous ces traitements ont été réalisés par les techniciens de l’IGB après une longue phase d’apprentissage au contact des experts images d’IGN France International.

A l’issue de cette étape de traitement des images, le projet disposait dès fin 2011, d’une couverture homogène du territoire burkinabé à 5m en couleurs naturelles et infrarouge couleur. La mise à jour de la base nationale de données topographique du Burkina pouvait donc commencer.

 

FOCUS TOPONYMIE

Le projet PC200 de mise à jour de la cartographie au 1/200 000 du Burkina s’est accompagné d’un volet d’assistance technique en Toponymie, avec l’objectif de valider tous les toponymes portés sur la carte.

Pour suivre les toponymes existants et relever les toponymes nouveaux, les opérateurs ont été formés à la toponymie et à ses techniques d’enquêtes. Parallèlement à cette action, en accord avec l’institut géographique du Burkina (IGB), une commission nationale de toponymie (CNT), redynamisée, a été motivée pour valider elle-même sa toponymie.

Plusieurs ateliers ont été organisés autour des principes de base, des règles d’écriture et des méthodes de contrôle et de validation des noms – dégageant ainsi un ensemble d’outils pour les opérateurs (identification des questions à vérifier sur le terrain, tenue du cahier de terrain, accompagné de sa minute toponymique, en vue de leur exploitation dans la base de données topographiques selon des conventions de saisie), et pour les membres de la CNT (mandat et fonctionnement d’une commission, charte de toponymie, règles de transcription et glossaires des termes régionaux).

Bilan : validation d’environ 8 000 toponymes, constitués des noms administratifs liés aux régions, provinces et communes, des noms de villages, des noms liés au relief, à l’hydronymie, à la végétation, aux terroirs et aux aires classées d’intérêt touristique.

Exemples :

  • Commune de Sanaba. Le « m » du nouveau toponyme « Koudomtenga » se justifie par l’explication du mot koudomdé, c’est-à-dire « la tradition ».
  • Commune de Tchériba. « Gamadougou », noté sur le 1/200 000 « Gamadou », retrouve grâce à l’enquête terrain son terme générique entier dougou, c’est-à-dire « terre, village de ».
  • Commune de Dédougou. « Hélitenga » maintient l’h initial du nom propre Héli, augmenté du mot tenga « hameau, pays de ».

Le patrimoine culturel immatériel que représentent les noms géographiques, chargés d’histoire et de culture, fut valorisé par la transmission du savoir-faire dans le domaine toponymique d’IGN France International vers l’IGB, permettant aux sessions de la CNT de constituer un véritable cadre d’échanges et de discussion dans la quête continue de la normalisation des toponymes au Burkina. 

Lire la version anglaise de l'article publié dans Geoconnexion d'octobre 2015 :  "New maps for a new millennium"

Le site de l'Institut Géographique du Burkina Faso (IGB)

Quelques références - Cartographie/INDG