Phase pilote du PNG Gabon : Promesses tenues

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Avec sa double compétence en information géographique et en développement territorial, Benoit Kiéné, chef du projet PNG Gabon, était l’homme de la situation. Il revient sur cette expérience démarrée en avril 2011. 

1/ Le PNG est-il déjà une réalité au Gabon ?

On ne peut évidemment pas encore parler de réalité puisque la phase pilote vient de s’achever par la présentation des résultats lors du séminaire de clôture de cette phase qui s’est tenu à Libreville le 6 décembre dernier. Mais on peut parler sans aucun doute d’une dynamique qui s’est progressivement créée tout au long de la phase de diagnostic d’Avril à Mai 2011 et de la phase pilote qui vient de s’achever. S’il n’est pas encore une réalité pour tous - le PNG n’est pas encore déployé au niveau national -  il existe déjà dans les têtes et des applications concrètes sont disponibles. Il est considéré comme un outil d’accompagnement incontournable de la stratégie de développement du pays.

2/ Une des originalités de l’approche d’IGN France International a été de proposer des projets pilotes dans des ministères sectoriels. Pour quelle raison avez-vous fait cette proposition ?

Les projets d’infrastructure de données spatiales sont des projets très ambitieux. Comme pour n’importe quel projet transversal, ils mobilisent énormément d’énergie, supposent des changements profonds dans les méthodes et habitudes de travail, exigent une participation active de tous pour que le projet soit déployé et que la structure mise en place devienne pérenne. Mais évidemment, les choses ne se font pas en un jour et les progrès ne sont pas toujours visibles, ce qui peut être décourageant ou peut donner l’impression que les choses n’avancent pas. De la mise entre parenthèses du projet à son abandon pur et simple, il n’y a parfois qu’un pas. 

Nous avons donc proposé à nos interlocuteurs gabonais la réalisation de 4 projets pilotes pour accompagner la stratégie de développement nationale initiée par le Président de la République. Cela répondait à 2 objectifs : d’une part, prouver l’intérêt de la géomatique comme outil efficace et performant dans la prise de décision avec des exemples réels, tirés du terrain et d’autre part, susciter l’intérêt de poursuivre la démarche en démontrant la capacité d’IGN France International et de ses partenaires à produire des résultats rapides.

En ce sens, les 4 projets pilotes « Cartographie de l’offre de soin », « Zonage des terres agricoles », « Etudes des aquifères et des ressources hydrauliques » et enfin, « Entretien et développement du réseau routier » ont tenu leur promesse !

3/ Les pays en développement rechignent parfois à démarrer des projets du type de celui du Gabon. Une des raisons évoquées tient aux coûts, mais est-ce une raison suffisante ?

La question du coût est effectivement un élément central qui revient souvent. Elle a d’ailleurs été posée lors du séminaire du 6 décembre dernier. On ne peut évidemment pas nier que les projets de mise en œuvre d’infrastructures de données spatiales nécessitent la mobilisation de ressources humaines et financières importantes. Je nuancerai néanmoins cette affirmation.

Si l’on veut être rigoureux dans l’analyse, il faudrait par exemple pouvoir chiffrer les coûts d’opportunité de tel projet. Ne rien faire implique des coûts cachés comme le non-partage de données produites, leur non-utilisation du fait de leur manque d’interopérabilité lorsqu’elles émanent d’autres organismes, leur traitement lorsqu’elles sont redondantes... Ces coûts sont évidemment rarement mis en avant. Pourtant, ils existent, pèsent sur la collectivité et nuisent à la bonne gouvernance.

Enfin, des études menées dans certains pays d’Europe, ont montré que contrairement à ce que l’on peut souvent entendre dire, les infrastructures de données spatiales rapportent de l’argent par les gains de productivité qu’ils induisent, et ce, aussi bien dans les structures privées que dans les structures publiques. 

Donc, oui, mettre en place une infrastructure de données spatiales efficace et performante est un objectif de long terme qui nécessite l’affectation d’un budget spécifique et ne pas les mener pour des questions de coûts justement, n’est pas un argument très convaincant au regard des avantages que l’ensemble des bénéficiaires en tire.

4/ Quelle est d’après vous la valeur ajoutée qu’a apporté IGN France International sur le projet initié au Gabon ?

Je parlerais plus volontiers de valeurs ajoutées, au pluriel. 

Je ne reviens pas sur les projets pilotes qui ont été initiés. J’en ai parlé tout à l’heure et ils ont représenté une démarche véritablement novatrice.

La force d’IGN France International, sur ce type de projets comme sur d’autres, est sa capacité à s’entourer de références « métiers » incontournables et à évoluer dans des environnements internationaux.

Le projet pilote « Etudes des aquifères et des ressources hydrauliques » a par exemple été mené avec le BRGM qui est l’organisme public français référent dans le domaine des sciences de la Terre pour la gestion des ressources et des risques du sol et du sous-sol.

Même chose pour le projet pilote « Zonage des terres agricoles » qui a été mené avec la filiale internationale de l’Office National des Forêts.

Troisième facteur de succès, je crois, c’est la philosophie générale qui nous anime dans la mise en œuvre de ces projets. Nous avons les compétences pour faire, mais mieux encore, nous aidons les autres à faire et à s’approprier les projets qu’ils mènent. C’est évidemment plus prenant puisqu’il nous faut prendre le temps d’impliquer les acteurs et de transmettre nos compétences. Nul doute que cet engagement constitue la force de notre intervention et a un impact positif sur la participation des acteurs. Par exemple, les projets pilotes ont tous été menés en étroite concertation avec les ministères concernés. Le projet pilote « Cartographie de l’offre de soin » a mobilisé le Ministère de la Santé et la cellule d’observation de la santé publique. Le projet pilote « Entretien et développement du réseau routier » a fortement impliqué le ministère des travaux publics, des infrastructures et de la construction.

Enfin, la dimension « communication » n’a pas été oubliée. Elle contribue à la prise de conscience par les utilisateurs des enjeux nationaux qui sous-tendent ces infrastructures et agit pour que l’adhésion soit la plus large possible. Elle est une composante à part entière au même titre que les autres : création d’un référentiel géographique gabonais, production/ diffusion/ catalogage de l’information géographique, formation, etc.

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